je regarde un anime problématique et j'en suis fan
J'adore Assassination Classroom et c'est probablement l'anime le plus problématique que j'ai pu regarder.
Je viens de terminer la première saison de l'anime (y'en a 2) et j'ai eu le temps de me faire une idée générale après ces 22 épisodes.
Assassination Classroom c'est l'histoire d'une classe de 3e au sein d'une école d'élite mais on suit de près Nagisa Shiota, l'un des élèves. Ces élèves sont mis à l'écart et discriminés par l'école pour "motiver" les autres classes à travailler davantage et mieux. Personne ne veut finir dans la classe de 3e E. Mais voilà qu'arrive un professeur inattendu : une créature semblable à un poulpe jaune et aux facultés surnaturelles ayant détruit une partie de la lune et qui a annoncé au gouvernement qu'il détruirait la Terre.
Wow. Rien que ça.
Cet étrange poulpe, nommé Koro par les élèves dans le 1er épisode, semble invincible pour le gouvernement. Il a conclu un accord avec ce dernier selon lequel il deviendrait le professeur de la classe de 3e E et qu'il reviendrait à ces élèves de l'assassiner.
Ah oui, Koro est insensible aux armes classiques. Des armes spéciales qui ne blessent pas les humains ont été fournies aux élèves de 3e. Why not.
Cet anime me faisait de l'oeil y'a un moment déjà, mais de l'extérieur, j'avais l'impression que l'anime allait être plutôt dark et redondant : une classe qui doit assassiner son prof, soit.
Le synopsis Netflix donne : Un extraterrestre destructeur qui menace la Terre devient professeur d'une classe dont les élèves ont pour mission de le supprimer, alors même qu'ils adorent sa drôlerie.
Difficile de se faire une idée juste de ce que l'anime est vraiment.
Un jour, je défilais la page Netflix avec mon copain, et en passant sur Assassination Classroom, il me dit :
" Dans cet anime, y'a une classe mise à l'écart du reste du collège pour inciter les autres élèves à être meilleurs qu'eux et ils sont constamment rabaissés. Parce que c'est un collège d'élite, un peu, et le proviseur veut garder la réputation de l'école avec ce système."
Je vous avoue que ça m'avait pas donné une meilleure idée de l'anime. J'avais rien compris, et j'étais passée à autre chose. Mais ça donnait une nouvelle dimension à l'anime que je croyais particulièrement sérieux, comme s'il s'agissait uniquement de former des assassins. Alors quand j'ai cherché un anime d'action mais léger, avec des scènes overly dramatic et un humour décalé, je me suis dit que Assassination Classroom pouvait peut-être remplir ces conditions.
J'ai été servi.
J'avais du mal à retrouver le plaisir de regarder un anime ou même une série après mon coup de coeur qu'a été Witch Watch (allez tout de suite regarder cette pépite), mais Assassination Classroom me passionne (presque) tout autant.
Les personnages sont tous plus ou moins développés, les situations sont cocasses voire ridicules, l'histoire est originale, esthétiquement c'est simple mais ça marche bien pour servir le scénario. Et puis l'histoire marche particulièrement bien pour donner envie de regarder.
D'abord, on a très peu d'infos sur ce professeur poulpe terroriste. Il est très différent des êtres humains physiquement et pourtant, il agit comme n'importe quel humain (avec pas mal d'excentricité ceci dit). Pire, il est vraiment drôle, attentionné, empathique et très bon prof.
On ne sait pas pourquoi il compte détruire la Terre. Ni pourquoi il a décidé de devenir prof ! Tout est décalé, absurde. Des indices sont donnés petit à petit au fil des épisodes, mais j'ai l'impression qu'au bout de cette première saison, je ne peux absolument rien deviner. Je me suis fait des hypothèses, mais je ne suis sûr d'aucune.
A noter que je suis assez mauvaise pour ce qui est de deviner la suite des histoires. C'est possible que ça ne concerne que moi.
Mais surtout, les élèves vont-ils réussir à assassiner Koro ? Je n'ai qu'une envie, dévorer l'entièreté de la saison 2 d'un seul morceau.
Cependant, chaque fois que je finis un épisode, il me laisse un goût amer. Je ne peux pas m'empêcher de relever tout ce qui me dérange dans ce que je consomme. Et plus l'anime avance, plus il se passe des choses, et plus je relève beaucoup de choses qui posent problème. Certaines très subtiles, d'autres sont carrément évidentes.
L'introduction de Mme Pouf
C'est une tueuse à gages qui use de ses "charmes" et qui n'hésite pas à harceler et agresser sexuellement des élèves de 3e ou d'autres adultes pour prouver qu'elle a raison !
Elle reste un personnage plutôt bien développé mais qui est basé sur un archétype assez vide et très réducteur. Sans parler du fait qu'elle est "étrangère", porte un nom à consonance russe tout en étant un assassin réputé qui séduit les hommes avant de les tuer... Les stéréotypes ont de beaux jours devant eux.
Les fantasmes malsains
Toujours sur le sujet de la sexualisation, il y a une surreprésentation de fantasmes érotiques dans cet anime. Je comprends que ça puisse être une blague un peu gênante, dans le même ton absurde et provocateur de l'anime, mais je trouve qu'il y a un peu trop de forcing. Ca dépasse les limites parfois.
Les élèves (en 3e, on le rappelle), sont au courant des fantasmes sexuels de leur prof et s'en servent même pour le déstabiliser. Le prof cache très mal son côté pervers et il est même dit qu'il a "suivi des étudiantes la nuit" ! Il a un comportement très déplacé avec les femmes qui l'attirent (il a aidé Mme Poufanovitch uniquement parce qu'elle lui plaisait...), montrant qu'il ne les considère que comme des objets de désir.
Mais le pire arriva lors de la fin du dernier épisode de la saison 1, lorsque le professeur Koro s'est montré émoustillé à l'idée de rejoindre les ELEVES FEMININES de sa classe dans l'eau. Beurk.
Des takes bancales
Lors du voyage scolaire, des lycéens en bande décident de kidnapper deux filles de la classe et de les emmener dans un coin isolé, les menaçant de les "dévergonder" et de continuer de s'occuper d'elles de retour à leur ville. Bon, le sous-entendu est très clair. Mais j'ai de gros doutes concernant le réalisme de cette scène. On pourrait y voir la dénonciation des violences faites aux femmes mais j'y vois encore un fantasme malsain. Une façon pour l'auteur d'idéaliser comment les femmes vivent ce type de violences. Car, de toute évidence, ça ne se passe pas comme ça. Je ne dis pas que l'auteur veut voir des femmes être agressées, mais que sa vision des violences sexuelles est très erronée et cette représentation maladroite.
Je suis passée outre, me disant qu'il s'agit du pov d'un homme pas très renseigné. Mais des takes dans les épisodes suivants n'ont fait qu'appuyer mon hypothèse selon laquelle l'auteur est un sexiste avéré.
Dans l'épisode suivant, il me semble, Irina Poufanovitch a une discussion avec les filles (d'ailleurs Koro s'introduit dans leur chambre). Les filles veulent parler d'amour et de garçons (bon...) et Irina leur fait un discours sur "la date de péremption" des femmes, puis qu'elles doivent être reconnaissantes de la chance qu'elles ont d'être "nées dans un pays sans danger" pour les femmes. Typical discours du mec qui sort aux féministes :
"Pourquoi vous vous plaignez ? Vous avez les mêmes droits que nous."
Et puis, la date de péremption des femmes ? Really ?
Ensuite, passons à l'épisode 20, dans lequel les élèves doivent passer par un bar pour ouvrir une porte extérieure. Ce sont aux filles d'y aller car elles seront mieux reçues par les videurs. Mais les garçons estiment qu'elles ne devraient pas y aller seules, car ce sont des filles ??? Ils demandent donc à Nagisa, le seul garçon qui ressemble à une fille (j'en parlerai juste après) pour les accompagner. Mais que va-t-il donc faire ? A quoi sert-il ? Et même si c'est pour amener une scène comique, pourquoi utiliser une take aussi déplorable ?
Mauvaise représentation des femmes
Mais elles sont souvent objets de désir pour les garçons et elles sont sous-représentées ailleurs que dans la classe de 3e E. Les assassins employés sont tous des hommes, les employés du gouvernement sont tous des hommes, les professeurs du collège sont tous des hommes, les autres élèves qui ont des dialogues ou un peu de lore/des relations développées avec nos héros sont tous des hommes. En-dehors des élèves de 3e E et de Mme Pouf (au sobriquet pas très flatteur), il n'y a aucune femme importante.
Sans oublier la représentation d'autres ethnies toujours inexistante dans beaucoup d'animes japonais. Assassination Classroom n'est pas une exception.
Nagisa, un kink à travers un collégien
Nagisa, personnage principal, a une apparence androgyne. Il a un prénom mixte, une voix plus aiguë, des traits féminins. Les autres le prennent pour une fille, et le charient parfois sur ça. Je sais que dans certains mangas, il y a des personnages un peu genderqueer, au genre neutre, grâce à l'existence du neutre en langue japonaise.
Dès le début de mon visionnage, j'ai cherché sur internet si Nagisa en faisait partie. Spoiler : non. Nagisa est considéré garçon par l'auteur, dans les dialogues, etc. Il semble néanmoins avoir un intérêt pour Karma, faisant de lui un garçon gay.
Cependant, au fur et à mesure qu'on avance dans les épisodes, je trouve que la féminité de Nagisa est de plus en plus "explorée". Jusqu'à atteindre son peak à l'épisode 20, lorsque Karma pousse Nagisa à se vêtir d'une tenue hyper féminine (style lolita) pour passer inaperçu dans le bar.
Et d'un coup, mes blagues sur le côté femboy de Nagisa ont pris un tournant sombre : est-ce que l'auteur, qu'on sait désormais sexiste, pervers et déconnecté des réalités sociales, fait passer son kink à travers le personnage d'un collégien ??
Je connais rien à l'auteur, ni à l'oeuvre à part ce que j'en vois dans une adaptation en anime. Mais ça soulève question tout de même.
Transphobie ?
Je finis en revenant sur une remarque qui m'a fait tiquer, et qui pourrait rentrer dans la section "takes bancales" mais ce dont je vais parler mérite sa section à part.
En effet, dans l'épisode 18, Koro est confronté à tous les trucs pervers qu'il a faits et qui ont été filmés. Notamment la fois où il s'est déguisée en femme pour participer à un banquet réservé aux femmes. Lors de cette séquence, une élève dit en rigolant : Livres cochons et travestissement. T'as pas honte, gros vicelard ?
Cette phrase d'apparence anodine, qui pourrait simplement être une vanne, porte en fait un sens bien plus lourd.
Koro, harceleur de femmes, se travestit pour s'incruster dans leurs espaces. C'est une idée bien courante chez les transphobes qui prennent les femmes transgenres pour des prédateurs sexuels. C'est dangereux et relève de l'ignorance. Tout comme le manque de justesse dans sa représentation des agressions sexuelles, l'anime continue dans ce sens-là en criminalisant le changement de genre/d'expression de genre. Et ça ne peut que être la suite logique de ce running gag malsain sur la perversité de cette créature non-humaine humanisée. C'est de cette façon que ça a été facile de faire passer des takes et des idées dangereuses sans qu'on puisse vraiment le souligner. Car il serait facile de me répondre : Mais Koro est un poulpe pervers qui a l'habitude de se déguiser, c'est logique qu'il fasse ça et ça n'a rien à voir avec l'identité de genre !
Au contraire, c'est justement ce contexte qui nous révèle la pensée problématique de l'auteur.
Bref, je vais regarder la saison 2. Cet anime a de nombreuses qualités mais je préférerais regarder quelque chose du même genre sans toute la merde qui va avec. Si la saison 2 est toute aussi décevante, voire pire, je vais être obligée de critiquer cet anime jusqu'à la fin de mes jours... Tout en disant que je l'ai adoré.
Je ne recommande pas cet anime.







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